✏️ Article — Le ciel et la terre
Sur la terre, il y a cette lourdeur. Cette indignité. Cette impossibilité d’une trajectoire qui ne dévie pas.
En soi, il faut mobiliser toute sa force pour tenir. Tenir debout, d’abord. Tenir en tant qu’homme ou femme, en tant que père ou mère, même en tant qu’amant, et même en tant que mendiant. Chacun n’est ce qu’il est qu’en tenant.
Et cela ne se fait pas sans compromission. Tous ces ajustements quotidiens qui, un à un, nous ferment les portes du ciel. Ces arbitrages injustes qui font de nous, parfois, des traîtres, des menteurs, des assassins.
Et puis, il y a le regard tendre d’un chien.
Il ne nous demande rien. Il ne nous rend rien de ce que l’on est.
C’est presque insupportable. On voudrait détourner les yeux. Lui dire :
« Ne me regarde pas ainsi. Tu ignores tout de celui que tu aimes. »
Mais il continue.
Le regard d’un chien, c’est le ciel sur la terre.
Et ça fait mal autant que c’est beau.

