Lionel Massa — Carnet public
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đŸŽ™ïž Podcast — Dimanche 22 fĂ©vrier 2026 - RĂ©flexions sur l’angoisse
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đŸŽ™ïž Podcast — Dimanche 22 fĂ©vrier 2026 - RĂ©flexions sur l’angoisse

L’angoisse n’est jamais sans objet

On dit souvent que l’angoisse est sans objet.

Et quand on la traverse, cela semble vrai.

Parce que l’angoisse ne ressemble pas à une peur ordinaire.

On ne peut pas dire ce qui la provoque.

On ne peut pas la nommer.

On ne peut pas la situer.

Elle est lĂ  comme une masse.

Une pression dans le corps.

Un sentiment d’étouffement.

Une tension diffuse qui envahit tout.

Et ce qui la rend si difficile Ă  supporter, ce n’est pas seulement son intensitĂ©.

C’est qu’on ne peut rien en dire.

On ne sait pas Ă  quoi elle correspond.

On ne peut pas la raconter.

On se sent envahi par quelque chose de trop plein, mais sans mots.

Pourtant, dire de cette impression qu’elle serait “sans objet” n’est pas tout à fait juste.

L’angoisse est souvent faite de ce qui, en nous, ne peut pas ĂȘtre reconnu, admis ou formulĂ©.

Elle est faite de contradictions.

De dĂ©sirs qui ne correspondent pas Ă  l’image que nous avons de nous-mĂȘmes.

De pensées qui nous dérangent ou nous font honte.

D’envies qui nous mettent en conflit avec nos valeurs ou notre histoire.

TrĂšs souvent, l’angoisse est liĂ©e Ă  cela :

un désir contrarié.

Un désir qui ne peut pas se réaliser.

Un dĂ©sir qu’on ne peut pas accepter.

Un dĂ©sir qui contredit ce que l’on croit devoir ĂȘtre.

Quelque chose en nous veut


et en mĂȘme temps, ne peut pas vouloir.

Et cette tension peut devenir insupportable.

L’angoisse est faite aussi de ce qui s’est imposĂ© dans nos vies sans que nous l’ayons choisi :

des blessures, des pertes, des injustices, des situations trop lourdes Ă  porter.

Tout ce qui n’a pas pu ĂȘtre pleinement reconnu, pleinement symbolisĂ© —

tout ce qui reste comme un fragment de vĂ©cu non intĂ©grĂ© —

peut devenir une source d’angoisse.

On pourrait dire simplement :

l’angoisse apparaĂźt souvent lorsque quelque chose en nous est trop rĂ©el —

et qu’il n’existe pas encore de mots pour l’accueillir.

Un jour, au cours d’une pĂ©riode oĂč cette expĂ©rience occupait toute la place, une phrase trĂšs simple a produit un dĂ©placement dĂ©cisif.

Elle disait ceci :

L’angoisse et le fantasme ont le mĂȘme objet.

Cette phrase ne signifie pas que l’angoisse aurait une cause claire.

Elle ne dit pas non plus qu’il suffirait de comprendre pour aller mieux.

Elle dit simplement ceci :

l’angoisse n’est pas vide.

Elle est toujours liĂ©e Ă  quelque chose qui compte profondĂ©ment pour nous —

mĂȘme si cela reste flou, contradictoire, ou difficile Ă  admettre.

TrĂšs souvent, ce lien concerne des dĂ©sirs, des blessures ou des restes d’expĂ©rience qui n’ont jamais pu ĂȘtre pleinement intĂ©grĂ©s.

Des fragments de vĂ©cu qui continuent d’agir en silence.

Dans certaines situations, cela apparaĂźt trĂšs clairement.

Par exemple, une patiente alitĂ©e depuis des annĂ©es vivait une souffrance extrĂȘme.

Elle exprimait réguliÚrement une envie de mourir.

Ce désir était réel.

Il ne s’agissait pas d’une idĂ©e abstraite.

Il Ă©tait profondĂ©ment liĂ© Ă  sa fatigue, Ă  sa douleur, Ă  son sentiment d’impasse.

Mais ce dĂ©sir restait entourĂ© de quelque chose d’impossible Ă  dire pleinement.

Il y avait toute l’histoire de ce qui l’avait conduite là.

Tout ce qu’elle avait perdu.

Tout ce qui n’avait jamais Ă©tĂ© reconnu.

Son angoisse était faite de cela :

de ce qui ne pouvait pas ĂȘtre admis,

de ce qui restait sans mots,

de ce qui demeurait contradictoire et insupportable Ă  la fois.

Elle Ă©tait aussi faite d’un dĂ©sir profondĂ©ment humain — celui de mettre fin Ă  une souffrance devenue trop lourde — et de l’impossibilitĂ© d’assumer pleinement ce dĂ©sir.

C’est cette contradiction, plus encore que la douleur elle-mĂȘme, qui alimentait son angoisse.

Lorsqu’elle a entendu que l’angoisse et le fantasme ont le mĂȘme objet, quelque chose s’est dĂ©placĂ©.

Elle n’a pas cessĂ© de souffrir.

Mais elle a pu reconnaĂźtre un lien :

ce qui l’angoissait n’était pas une masse incomprĂ©hensible.

C’était aussi le fait d’éprouver un dĂ©sir qu’elle ne pouvait ni accepter pleinement, ni rejeter.

Et cette reconnaissance a introduit une distance.

Une respiration.

Elle n’était plus entiĂšrement confondue avec son angoisse.

C’est cela, au fond, que permet cette idĂ©e.

Elle ne donne pas de solution.

Elle ne supprime pas l’angoisse.

Mais elle ouvre une orientation possible :

celle de considĂ©rer que l’angoisse n’est jamais une masse vide.

Qu’elle est souvent le signe d’un conflit intĂ©rieur trĂšs profond :

quelque chose en nous désire


et en mĂȘme temps, ne peut pas se permettre de dĂ©sirer.

Si vous traversez une angoisse intense, cette idĂ©e peut ĂȘtre reçue simplement comme une invitation :

celle de ne pas considérer votre expérience comme un phénomÚne sans sens,

mais comme le signe qu’il y a en vous quelque chose qui cherche une place, des mots, ou une reconnaissance.

Parfois, simplement savoir qu’un lien existe suffit dĂ©jĂ  Ă  introduire une respiration.

Et si cette question du lien entre l’angoisse, le dĂ©sir et le fantasme vous parle, vous pourrez prolonger cette rĂ©flexion dans un essai que j’ai consacrĂ© Ă  ce sujet et que j’ai intitulĂ© : « Le trauma et ses suites dans le fantasme ».

Dans ce texte, j’explore plus prĂ©cisĂ©ment la maniĂšre dont certaines expĂ©riences traumatiques laissent des traces durables dans la vie psychique — non pas sous la forme de souvenirs clairs, mais sous la forme de restes, d’images, de scĂ©narios intĂ©rieurs que l’on appelle des fantasmes.

Ces fantasmes ne sont pas de simples rĂȘveries.

Ils sont souvent des tentatives, parfois douloureuses, de donner une forme Ă  ce qui n’a pas pu ĂȘtre pleinement vĂ©cu, compris ou symbolisĂ©.

Et c’est prĂ©cisĂ©ment parce qu’ils portent cette charge qu’ils peuvent devenir, Ă  certains moments, une source importante d’angoisse.

Cet essai propose d’éclairer cette articulation complexe entre trauma, fantasme et souffrance psychique — afin de rendre un peu plus lisibles ces expĂ©riences qui, autrement, restent souvent vĂ©cues comme des masses obscures et sans issue.

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