✉️ — Fragment
Depuis toujours, Léontine organisait pour le curé les moments de confession.
On savait généralement que le mardi et le vendredi après-midi, le père Luce se rendrait disponible pour écouter les paroissiens. Mais les horaires changeaient parfois. Une urgence. Un mourant à visiter pour l’extrême-onction. Un baptême. Une famille à accompagner.
Il fallait donc souvent passer par Léontine pour savoir à quel moment on pouvait entrer dans le confessionnal.
Léontine n’était pas femme à écouter ce qui ne lui était pas destiné.
Mais certaines peines étaient si grandes que des sanglots étouffés parvenaient parfois jusqu’aux oreilles de la vieille dame.
Parmi les voix qu’elle avait fini par reconnaître au fil des années se trouvait celle de l’épouse du maire.
Son drame était de ne pas pouvoir avoir d’enfant.
Le curé lui avait recommandé des neuvaines, de nombreux chapelets ainsi qu’un voyage à Lourdes. Tout ce qu’on conseille parfois lorsque la souffrance devient impossible à soulager autrement.
Et lorsque Léontine avait pris Clémence dans ses bras cette nuit-là, sa première pensée avait été pour cette femme.
Il y avait peut-être là une issue.
Alors Léontine avait enveloppé l’enfant dans son grand châle noir.
Puis elle avait demandé à Sibylle de rester dans la sacristie et de prier.
Ensuite, sous la pluie et l’orage, elle avait traversé le village presque en courant jusqu’à la maison du maire.
C’est ainsi que Clémence devint le miracle attendu d’un père et d’une mère.
Au petit matin, tandis que Sibylle attendait sous la pluie le bus pour Montpellier, Madame Blagnac quittait elle aussi discrètement le village en voiture, l’enfant blottie contre elle.
On parla d’un séjour dans la famille.
Quelques mois plus tard, elle revint à Cinsault avec un nourrisson dans les bras.
Et le village accueillit l’événement comme une bénédiction longtemps espérée.
C’est ainsi que Clémence devint une enfant de Cinsault.


