✉️ — Fragment
Depuis qu’Antoine avait quitté Mireille, le temps semblait s’être ralenti pour lui.
Il avait dû réinvestir sa maison. Pendant toutes les années où ils avaient vécu ensemble, Mireille lui avait souvent conseillé de la mettre en location. Mais quelque chose l’en avait toujours empêché.
À l’époque, Antoine se disait que c’était son indépendance. La nécessité de garder un lieu à lui, une possibilité de repli, au cas où.
Aujourd’hui, il comprenait les choses autrement.
Partager la vie de Mireille lui avait toujours semblé relever d’une forme de privilège. Comme une parenthèse qu’il n’avait jamais vraiment eu le sentiment de mériter.
Mireille lui paraissait plus sensible que lui. Plus cultivée aussi. Plus à l’aise dans le monde.
Elle savait comment faire lorsqu’il fallait demander un arrêté municipal pour des travaux devant la maison ou écrire aux impôts pour réclamer ce qu’on lui devait.
Antoine, lui, avait souvent eu l’impression d’avancer autrement. Plus lentement. Plus maladroitement aussi.
Et pourtant, depuis leur séparation, il découvrait que la présence de Mireille n’avait pas entièrement quitté sa vie.
Il avait conservé son amitié.
Il pouvait encore l’appeler certains soirs. Cela comptait davantage qu’il ne l’aurait cru.
Gaston, le chat d’Antoine, continuait désormais de passer d’une maison à l’autre.
Chaque matin, il allait encore réclamer sa gamelle chez Mireille.
Et parfois, lorsqu’Antoine le prenait contre lui, il retrouvait dans son pelage le parfum qu’il avait tant de fois respiré.
Alors le chat cessait presque d’être un simple animal.
Il devenait le messager silencieux de cette présence restée proche malgré la séparation.
Quelque chose qui continuait de circuler entre les deux maisons.


