✉️ — Fragment
Chaque matin, en ouvrant les volets, Mireille cherchait d’abord la présence de Gaston.
Le chat attendait presque toujours sa gamelle devant la fenêtre.
Et lorsqu’il n’était pas là, quelque chose se resserrait immédiatement en elle. Elle l’appelait plusieurs fois dans le jardin, d’une voix de plus en plus inquiète, jusqu’à voir apparaître au loin sa silhouette tranquille entre les massifs et les herbes hautes.
Alors seulement la journée pouvait commencer.
Depuis quelques semaines, Martin s’était installé à la maison.
Tout s’était fait assez naturellement entre eux. L’amitié ancienne avait déjà préparé une grande partie du chemin. Il n’y avait pas eu de véritable bascule, plutôt une proximité qui avait fini par changer doucement de forme.
Martin était très différent d’Antoine.
Tout aussi contemplatif peut-être, mais plus entreprenant, plus confiant aussi.
Avec lui, Mireille avait parfois le sentiment étrange que les limites ordinaires des choses reculaient un peu.
Des projets qu’elle aurait autrefois immédiatement abandonnés lui semblaient soudain réalisables.
Elle se surprenait même à attendre ses encouragements.
Martin portait en lui quelque chose de solide et d’enthousiaste qui contrastait avec ses propres hésitations. Et Mireille découvrait avec un certain bonheur qu’elle aimait, elle aussi, pouvoir s’appuyer sur quelqu’un.
Elle aimait être portée parfois.
Pouvoir déposer ses doutes sans avoir immédiatement à les contenir elle-même.
Et elle aimait aussi voir Gaston continuer obstinément ses allers-retours entre les deux maisons, comme si le chat refusait tranquillement de choisir entre les êtres qu’il avait appris à aimer.


