✉️ — Fragment — Le veilleur de l’eau 1.11
Le lendemain, au réveil, Jean resta un moment immobile sur sa paillasse. Une atmosphère singulière flottait dans la masure. Depuis sa couche, ses yeux parcouraient l’espace : tout était exactement à sa place. La table. Les chaises. Les outils suspendus au mur. Le foyer. Pourtant, il lui semblait que la veille, entre ces murs, tout avait vacillé. C’était le même sentiment confus que l’on éprouve devant un paysage apaisé, un siècle après les combats : un silence de la terre qui refuse de trahir la violence passée.
Il se leva enfin. Sous son poids, la paille crissa à travers la toile de jute. Il repoussa la lourde couverture de laine rêche.
Dans le petit âtre de pierre, il écarta les cendres froides, y glissa quelques brindilles sèches, un morceau de journal, et frotta une allumette. Une fois les braises prises, il y posa l’eau et la mouture de café. Une habitude patiente, rythmée par le seul crépitement du petit feu.
Son regard se perdit sur le sol de terre battue, et les mots de sa mère lui revinrent en mémoire, « On m’a dit que tu vivais ici, près d’une source, dans ce dénuement. »
Et puis, au milieu de la fumée blanche et légère du foyer, cette question émergea en lui :
Se peut-il qu’une vie contrainte soit, finalement, la même vie que l’on choisit ?

