✉️ — Fragment — Le veilleur de l’eau 1.17
Mathieu ne l’avait pas entendu approcher. Absorbé par le calme de l’eau, il n’ouvrit les yeux que lorsqu’une voix tomba sur lui :
— Qui êtes-vous ?
Saisi d’un sursaut, le garçon se recroquevilla aussitôt dans la vasque, rabattant instinctivement ses bras devant sa nudité.
— Je suis Mathieu, balbutia-t-il.
— Que venez-vous faire ici ?
— Êtes-vous Jean ?
L’homme ne répondit rien. Il fit un pas de plus vers la roche. À cette distance, la jeunesse du corps le frappa, tout comme la familiarité troublante qui se lisait sur ce visage ruisselant.
— Que viens-tu faire ici ?
— Je vous cherchais.
— Et pour quoi faire ?
— C’est Rosine Montaud. C’est elle qui m’a parlé de vous.
À l’évocation du nom de sa mère, Jean demeura interdit. Que pouvait bien lui avoir raconté la vieille femme ?
— Elle m’a dit le chemin, reprit le garçon.
— Eh bien, puisque tu as fait le chemin jusqu’ici, que veux-tu de moi ?
Mathieu fixa l’homme, les poings fermés dans l’eau. Les mots finirent par rompre :
— Je suis le fils de Manon Laroche. Mathieu Laroche. J’ai perdu mon père il y a peu. Si je suis là, c’est parce que votre mère m’a dit une chose que je ne peux pas croire. Elle m’a dit que mon père n’était pas mon père, que vous avez aimé ma mère mais que vos parents s’y opposaient. J’ai questionné ma mère mais elle n’a rien répondu, elle a seulement pleuré. C’est là que le doute m’a pris. La vieille femme m’a raconté les coups que vous avez reçus et votre fuite. Puis, tout de suite après votre départ, ma mère a découvert qu’elle était enceinte de vous et elle a été mariée à la hâte à mon père, qui n’en a jamais rien su.
Un silence passa. L’eau du bassin frémissait à peine autour des épaules du garçon.
— Est-ce que c’est vrai ?
Jean resta immobile. Il regardait le jeune homme comme on regarde une évidence.

