✉️ — Fragment — Le veilleur de l’eau 1.19
Jean lui avait laissé sa paillasse. Mathieu y avait dormi d’un trait, terrassé par la marche et par la vérité.
Au matin, le soleil perçait à peine le feuillage. Jean posa sur une pierre un reste de viande séchée et une poignée de baies. Mathieu mangea en silence, le regard allant d’un mur à l’autre. La masure ne contenait rien qui ne fût nécessaire. Cette vie là, il la comprit comme on comprend un visage : sans mot pour la dire.
Jean restait debout, adossé à l’entrée.
— Tu dois repartir, dit-il.
Mathieu s’arrêta de mâcher. Il leva les yeux.
— Tu as une ferme à tenir, reprit l’homme d’une voix calme. Des terres à défendre. Va vivre ton destin. Ma mère est vieille, mais elle sait ce qu’il en est. Si tu manques de quoi que ce soit, va la trouver. Demande-lui ce dont tu auras besoin. Elle te le doit. Aide-la en retour si tu le peux.
Il marqua une pause.
— Ma terre est à toi.
Mathieu resta silencieux.
— Ta mule est reposée. J’ai rempli tes outres. Descends par le vallon avant la chaleur. Ton chemin n’est pas ici.

