✉️ — Fragment — Le veilleur de l’eau 1.5
Selon la direction du vent, Jean pouvait entendre les cloches de l’église sonner le dimanche matin. Il s’interrompait toujours pour écouter. Ce son familier n’était pas pour lui un appel. C’était un salut. Là-bas, à quelques kilomètres, le village lui adressait encore un signe.
Ce dimanche-là, il était en train de cueillir des aromates lorsqu’elles commencèrent à sonner. Il demeura immobile au milieu de la garrigue, le regard perdu vers les collines.
Peut-être sa mère était-elle à l’église à cette heure. Il la revit assise à sa place, devant l’autel, là où elle s’installait toujours lorsqu’elle l’emmenait à la messe. Puis, sans qu’il sache pourquoi, le visage de sa petite fiancée vint doucement recouvrir celui de sa mère. Les deux femmes occupaient désormais une même place. Une même absence.
Il déposa la boule résineuse de ciste dans sa besace.
L’odeur monta aussitôt — les sommités de romarin, d’immortelle, de thym, tout ce qu’il avait cueilli depuis le matin.
Il eut soif.
Il pensa à la source.
Il était temps de rentrer.

