Lionel Massa — Carnet public
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đŸŽ™ïž Podcast — Samedi 21 fĂ©vrier 2026 - RĂ©flexions : Structure et fabrication d’une illusion
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đŸŽ™ïž Podcast — Samedi 21 fĂ©vrier 2026 - RĂ©flexions : Structure et fabrication d’une illusion

À propos du « je » dans la question « Qui suis-je ? »

Dans les traditions spirituelles, la question « Qui suis-je ? » est souvent prĂ©sentĂ©e comme un moyen d’accĂ©der Ă  une vĂ©ritĂ© profonde sur soi-mĂȘme.

On cherche alors une réponse.

On imagine qu’il existerait quelque part en nous une identitĂ© rĂ©elle, stable, que cette question permettrait de dĂ©couvrir.

Mais ce que je voudrais proposer ici est un déplacement trÚs simple.

Car s’il est difficile, voire impossible, de dĂ©finir ce qu’est le Soi — si l’on postule qu’il est toute chose et qu’il ne peut donc ĂȘtre saisi comme un objet — il est peut-ĂȘtre possible, en revanche, d’examiner ce que l’on appelle le « moi ».

Autrement dit : regarder comment se forme cette idĂ©e d’un individu sĂ©parĂ©, d’un « je » qui penserait ses pensĂ©es et vivrait sa vie.

Car si une illusion existe, on peut supposer que, lorsqu’elle se dissout, ce qui reste est simplement ce qui est.

Et si l’erreur provient d’une idĂ©e — l’idĂ©e d’ĂȘtre quelqu’un dans le monde — alors en voyant clairement cette idĂ©e, ce qui demeure n’est pas une nouvelle idĂ©e plus juste, mais la rĂ©alitĂ© telle qu’elle est dĂ©jĂ .

On raconte qu’un homme voit un serpent au sol et en a peur.

En s’approchant, il dĂ©couvre qu’il s’agissait en rĂ©alitĂ© d’une corde.

La question n’est alors pas de savoir ce qu’est devenu le serpent.

Il n’est pas devenu quelque chose d’autre.

Il n’a jamais existĂ©.

Il était une illusion.

C’est dans cet esprit que s’inscrit ce texte.

Le « je »

Le « je », celui que l’on pense ĂȘtre, celui que l’on pense ĂȘtre un humain dans le monde, est une illusion.

Un humain dans le monde est une illusion.

Je vais tenter d’expliquer comment cette illusion se forme.

L’apparition du « je »

Lorsque la pensĂ©e « je » apparaĂźt, vous pouvez par exemple, pendant que vous m’écoutez, laisser venir une pensĂ©e.

Par exemple :

« Je me sens bien. »

Faites venir cette pensée en vous.

Lorsque vous dites :

« Je me sens bien »,

vous pouvez constater qu’un certain calme Ă©tait dĂ©jĂ  prĂ©sent.

Puis apparaßt la pensée :

« Je me sens bien. »

Et cette pensĂ©e transforme aussitĂŽt cet espace calme en quelque chose qui semblerait appartenir Ă  quelqu’un.

Autrement dit, l’espace entre deux pensĂ©es est transformĂ© en Ă©tat d’ñme.

Comme si ce qui était simplement ouvert, silencieux et impersonnel devenait soudain un vécu personnel.

Comme s’il existait un « je » Ă  qui cet Ă©tat arriverait.

Ce que prétend la pensée

Cette pensée prétend parler de vous.

Elle prétend parler de ce qui a précédé la pensée.

Elle prĂ©tend parler d’un « je » qui aurait pensĂ© la pensĂ©e et qui existerait avant elle.

Elle prétend que ce « je », existant avant elle, est en train de penser :

« Je me sens bien. »

Ce qui existe réellement avant la pensée

Or ce qui est avant la pensĂ©e, ce n’est pas un individu.

Ce qui est avant la pensĂ©e, c’est l’espace que vous ĂȘtes, dans lequel la pensĂ©e apparaĂźt.

Le « je » auquel fait rĂ©fĂ©rence la pensĂ©e n’existe qu’en elle.

Il n’apparaĂźt qu’au sein de la pensĂ©e.

Vous pouvez constater que le « je » n’existe dans votre vie que lorsque vous pensez.

L’illusion la plus subtile

Mais l’illusion va encore plus loin.

Car il ne s’agit pas seulement de croire qu’il existe quelqu’un qui pense les pensĂ©es.

Il s’agit aussi de croire que, entre deux pensĂ©es, il y aurait ce quelqu’un.

Nous attribuons en rĂ©alitĂ© Ă  un personnage imaginaire l’espace mĂȘme dans lequel les pensĂ©es apparaissent.

Comme si cet espace Ă©tait occupĂ© par quelqu’un.

Comme si l’ouverture silencieuse elle-mĂȘme Ă©tait une prĂ©sence personnelle.

Or cet espace n’appartient à personne.

Il n’est pas un individu silencieux.

Il est simplement ce que vous ĂȘtes.

Comment l’illusion se construit

La pensĂ©e vous fait imaginer qu’il existe un personnage qui la pense.

Elle vous fait croire que ce qui existe avant elle, c’est ce personnage.

Mais en rĂ©alitĂ©, elle se reprĂ©sente elle-mĂȘme un « je ».

Elle a de ce « je » une image.

Cette image vient de votre enfance :

celle de vous dans le miroir que vos parents vous ont montré en vous disant :

« C’est toi. »

La vision que vous avez de vous-mĂȘme vient de lĂ .

C’est cette image Ă  laquelle vous avez associĂ© des sensations corporelles et des pensĂ©es.

C’est cette image que vous pensez ĂȘtre vous-mĂȘme.

C’est Ă  cette image que vous attribuez les pensĂ©es.

La nature réelle du corps

Or ce que vous avez vu dans le miroir, c’est le corps.

Le corps tel que les autres le voient.

Le corps tel que vous voyez les autres.

Mais pour vous-mĂȘme, le corps n’est jamais cela.

Pour vous-mĂȘme, il n’est qu’un ensemble de sensations apparaissant dans un espace ouvert.

Le corps n’est rien d’autre que des sensations surgissant dans cet espace.

L’image du corps dans le miroir n’existe que pour les autres qui le regardent.

PensĂ©es et sensations sont de mĂȘme nature

On peut alors constater que la pensĂ©e n’est pas pensĂ©e par quelqu’un.

Elle surgit exactement comme les sensations du corps.

À Ă©galitĂ© avec elles.

Dans l’espace ouvert que vous ĂȘtes.

Le corps n’est que sensations.

La pensĂ©e n’est qu’apparition.

Tout surgit dans le mĂȘme espace.

Ce qu’est rĂ©ellement la dualitĂ©

Si dualité il y a, elle consiste en ceci :

Se prendre pour un individu dans un monde.

Croire qu’il existe quelqu’un qui pense les pensĂ©es.

Croire que l’on est ce quelqu’un.

Ce qui est réellement

Vous n’ĂȘtes pas ce personnage.

Vous ĂȘtes l’espace ouvert dans lequel la pensĂ©e apparaĂźt.

C’est dans la pensĂ©e qu’une image surgit comme Ă©tant vous-mĂȘme.

Et c’est à cette image que vous faites arriver votre vie entiùre.

C’est à ce personnage que vous attribuez tout ce qui vous arrive.

C’est lui qui a une vie.

Mais vous, vous ĂȘtes l’espace ouvert dans lequel apparaĂźt la pensĂ©e vous suggĂ©rant cette image.

Conclusion

Voilà ce que je voulais vous dire aujourd’hui.

Peut-ĂȘtre que, pour certains, cette dĂ©monstration aura Ă©tĂ© suffisamment claire pour dĂ©placer lĂ©gĂšrement le regard.

Car finalement, il n’y a rien d’étonnant Ă  ce que le Soi — s’il est vĂ©ritablement toute chose — puisse ĂȘtre approchĂ© de cette maniĂšre simple, presque Ă©vidente.

Et il n’y a rien d’étonnant non plus Ă  ce qu’il ne puisse jamais ĂȘtre perçu comme un objet.

Car ce qui permet toute perception ne peut pas lui-mĂȘme ĂȘtre perçu.

Il ne peut ĂȘtre qu’implicitement reconnu comme ce qui rend toute expĂ©rience possible.

En ce sens, il ne s’agit pas d’une dĂ©couverte extraordinaire, mais d’un dĂ©placement naturel du regard.

Une place trĂšs simple.

Une place démontrable.

Une place qui est la nĂŽtre.

Et peut-ĂȘtre mĂȘme que nous la sommes.

Car une illusion ne disparaĂźt pas en devenant autre chose.

Elle disparaüt simplement lorsqu’on voit comment elle se fabrique.

Et il se peut que toute illusion, quelle qu’elle soit, se construise toujours de la mĂȘme maniĂšre.

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