✏️ Article — Tenir, puisque rien ne nous en dispense
Nous sommes atteignables.
C’est notre condition.
Le corps peut être touché, éprouvé, contraint.
L’esprit aussi — traversé, entamé, parfois débordé.
Il n’y a pas d’endroit où se retirer entièrement.
Aucune position ne soustrait à l’expérience.
On peut savoir — et ce savoir peut être réel —
qu’il y a en nous quelque chose qui ne se réduit pas à ce qui arrive.
Mais ce savoir ne protège pas.
Il ne retire rien à la douleur.
Il ne suspend pas la situation.
Il ne dispense pas d’y être.
On peut être atteint et ne pas se confondre entièrement avec ce qui atteint.
Mais on est atteint.
Et c’est là que la question se pose.
Non pas : comment ne plus être exposé.
Mais : comment être là, quand cela insiste.
Tenir ne consiste pas à être inviolable.
Tenir ne consiste pas non plus à se durcir.
Tenir consiste à rester présent dans ce qui ne peut pas être évité,
sans transformer cette exposition en effondrement total.
Il n’y a pas de garantie.
Il n’y a pas de force constante.
Il y a des moments où cela cède, d’autres où cela tient.
Mais lorsqu’il n’y a pas d’autre issue,
il reste au moins cela :
prendre un instant,
voir ce qui se passe,
et ne pas ajouter à ce qui est là une fiction de défaite totale.
Puisqu’on est là pour le dire.
On ne peut pas se dérober à la vie.
Alors, puisqu’on y est tenu, autant y tenir.
Non pas par héroïsme.
Non pas par vertu.
Mais parce que, dans certains moments,
il n’y a rien d’autre à faire.
Et cela peut être dit.
Pas comme une règle.
Pas comme une promesse.
Mais comme un fait :
cela a été possible.


