Porter le deuil n’est pas seulement traverser la perte d’un être, d’une relation ou d’une situation.
C’est vivre dans la conscience que toute expérience se donne… et se retire.
La subjectivité est le lieu de cette expérience.
Elle n’est pas un enfermement.
Elle est un passage.
C’est le lieu même où quelque chose peut revenir à soi.
Chaque instant porte une absence.
Ce qui vient remplace ce qui était.
Ce qui apparaît efface ce qui précédait.
Porter le deuil, c’est vivre au contact de cette vérité simple et vertigineuse :
tout change, tout passe, et rien ne peut être retenu.
Mais ce n’est pas seulement une perte.
C’est aussi une découverte.
La découverte d’être à la fois le lieu où les choses passent…
et ce qui demeure à travers leur passage.
Le deuil n’est pas seulement lié à des événements précis.
Il ne concerne pas uniquement la disparition d’un être cher.
Il accompagne le mouvement même de l’existence.
Bien sûr, dans la vie humaine, il existe des étapes de deuil liées à certaines pertes.
Ces étapes sont souvent mystérieuses, non linéaires, difficiles à saisir.
Mais porter le deuil va au-delà de ces processus ponctuels.
C’est reconnaître que chaque instant est suivi de ce qui l’a rendu possible.
Que toute apparition contient déjà sa disparition.
Porter le deuil n’est pas mortifère.
Ce n’est pas vivre dans la fixation sur ce qui finit.
Ce n’est pas se rappeler sans cesse la perte.
C’est, au contraire, une forme de célébration.
La reconnaissance que, malgré ce qui passe…
nous sommes encore là.
C’est un point d’émerveillement au milieu du flux du temps.
C’est accepter, avec une humilité profonde, que nous serons un jour nous aussi ce qui passe.
Comme ceux qui nous ont précédés.
Comme ceux qui viendront après nous.
Nous sommes les uns pour les autres ce qui apparaît… et ce qui s’efface.
Ce mystère est à la fois vertigineux et miraculeux.
Porter le deuil, c’est habiter ce point d’équilibre ineffable.
Être à la fois élu à l’existence…
et promis à sa fin.
C’est un trône vertigineux.
Immortels, mortels…




